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Bernardo Strozzi

1581 - 1644

Nature morte avec une corbeille de fruits, un vase de fleurs et des fruits sur un entablement
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Huile sur toile, 65 x 132 cm.
Provenance : De Logu (1962) indique que ce tableau provient de la Casa Guinigi de Lucca - avec les deux natures mortes de Simone del Tintore. aujourd'hui au Castello Sforzesco de Milan. En 1962, le tableau était propriété de l'antiquaire Guglielmo Canessa à Milan, mais il se trouvait vraisemblablement déjà sur le marché de l'art milanais en 1954 (toujours avec les deux tableaux du Castello Sforzesco) date à laquelle Giovanni Testori publie le tableau pour la première fois. Connecticut, collection particulière ; Sotheby's, New York (Parke Bernet), 7 juin 1978, lot No 246 (comme Tommaso Salini). Monte Carlo, collection particulière. Bibliographie : G. Testori, « Nature morte di Tommaso Salini », Paragone, 1954, No 51, tav 21 (comme Tommaso Salini) ; G. De Logu, Natura morta italiana, Bergame, 1962, No 3, p. 187-188 (comme Tommaso Salini) ; M. Gregori, La natura morta italiana, catalogue de l'exposition de Naples - Zurich -Rotterdam 1964, p. 88, sous le No 197 (comme Simone del Tintore) ; L. Salerno, La natura morta italiana 1560-1805, Rome, 1984, p. 140, fig. 35.2 (comme Strozzi) ; L. Salerno, Nuovi studi sulla natura morta italiana, Rome, 1989, p. 57, fig. 44 (comme Strozzi) ; M. C. Galassi, « Documenti figurativi per un soggiorno romano di Bernardo Strozzi », Bollettino dei Musei Civici Genovesi, XIV, Nos 40-41-42, 1992, p. 53, note 49 (comme Strozzi) ; D. Sanguineti, Bernardo Strozzi Genova 1581/82- Venezia 1644, catalogue de l'exposition Gênes, Palazzo Ducale, 6 mai - 6 août 1995, p. 230, sous le No 66 (comme Strozzi) ; G. Cirillo-G. Godi, Le nature morte del « Pittore di Carlo Torre » Pseudo Vardella nella Lombardia del Seconda Seicento, Parme, 1996, p. 111, note 24 (comme Simone del Tintore). Bernardo Strozzi, peintre de nature morte « indépendante » ? De prime abord, la question déroute mais n'étonne pas vraiment tant, dans nombre de ses tableaux de figures, ce genre est présent. Les exemples sont légions : les pampres de vigne et la corbeille de pommes du Joseph expliquant les songes (Gênes, collection du marquis Ludovico Pallavicino), les volailles et les pièces d'argenterie et de cuivre de la Cuisinière (Gênes, Galleria di Palazzo Rosso), les fleurs et les fruits de la tardive Allégorie de l'été et l'automne (Dublin, National Gallery of Ireland), pour ne citer que les plus brillants. Ceux-ci choisis, à dessein, dans une fourchette chronologique très large, nous permettent de constater que ce genre le passionna tout au long de sa carrière. Le témoignage d'un courtier dénommé Gio. Gerolamo Ghisolfi, au procès qu'eut le peintre à Gênes en 1625-1626, au cours duquel il atteste qu'il peignait « in quelli tempi faceva più e più e più sorte di quadri : paesi e altre verdure secondo che l'era ricercato mediante la sua mercede » a autorisé la critique à interpréter « verdure » dans le sens de nature morte. Dans ce cas, ce témoignage devient de la prime importance car il atteste très tôt d'une activité de Strozzi comme peintre de nature morte autonome1. Compte tenu du contexte et de son association avec « paysages » nous ne sommes pas certains que « verdure » puisse être interprété, à coup sûr, dans le sens de nature morte mais suggère peut-être d'autres sortes de paysages. Les premières hypothèses de Luigi Salerno sur le Strozzi peintre de nature morte, aussi bien dans son livre sur la nature morte italienne (1984) que dans le catalogue de l'exposition sur la collection Lodi (1984-1985) 2 furent tout à fait pionnières, tant il est vrai qu'aucun tableau de Strozzi - avec ou en tant que nature morte autonome - ne figura à la grande exposition sur la nature morte italienne de Naples, en 1964. L'article de Bertina Suida Manning dans le Burlington Magazine (1985) 3, lui aussi uniquement tourné vers les natures mortes, apporte des éléments nouveaux à cet essai de reconstruction. Depuis, différentes interventions ont montré les limites d'une étude qui se doit de repartir des œuvres elles mêmes, de leurs caractères stylistiques. De plus, la publication en 1995 de l'inventaire après décès de Strozzi, mort à Venise en 1644, permet de reprendre le problème prudemment et de trouver d'éventuelles correspondances avec les œuvres citées4. Grâce à cet inventaire l'on sait qu'après 1632-33, date de son arrivée à Venise, l'artiste connut un tel succès qu'il dut recourir à des collaborateurs qui développèrent ce genre de la nature morte, ainsi que celui du paysage. Dans ce document sont cités entre autres l'inconnu Francesco Durello, Ermanno Stroiffi, Giovanni Eismann, Clemente Bocciardo et Giuseppe Catto; ces deux derniers étaient venus à sa suite de Gênes. La prouesse picturale de notre nature morte, l'une des plus importantes de l'histoire de la nature morte italienne, nous renvoie au pinceau de Bernardo Strozzi, comme l'avait si judicieusement pressenti Luigi Salerno. Avec simplicité et dans un apparent désordre, le tableau présente sur un entablement, à gauche un panier rempli de poires, de pommes et de raisins, devant lequel un melon ouvert conduit le regard vers un vase de cristal contenant des fleurs d'hibiscus et une branche de prunes. Dans la partie droite un étalage de pommes, de raisins et de cédrats se termine au second plan par deux petites branches de prunes encore vertes. La belle présence des fruits est servie par une palette empâtée, allusive et transparente, un faire large qui appartiennent au métier de Strozzi. Pour s'en convaincre il suffit de regarder les jaunes et les blancs lumineux du cédrat ouvert au premier plan. Une grande fraîcheur émane du tableau, véritable symphonie en vert, plus ou moins foncé, plus ou moins épais ou transparent comme pour le fond. La mise en page sur une diagonale descendante, de la gauche vers la droite, appartient aussi à sa manière de composer. Nous la retrouvons par exemple dans les Vendeurs de fruits (autrefois San Francisco, De Young Memorial Museum) ou bien encore la Jardinière (Campione d'Italia, collection Lodi), même si la critique récente y voit l'intervention de l'atelier pour les morceaux de nature morte5. Une lumière forte qui provient de la gauche sur le fond imprime sur les fruits de beaux contrastes d'ombre et de lumière. L'ambition de la mise en page ainsi que la sûreté exécutive, nous renvoient à la période de la maturité de l'artiste, celle vénitienne, aux alentours des années 1640. Il est intéressant de noter que, loin de sa patrie, Strozzi revient sur le tard, aux accents caravagesques qui appartenaient à son œuvre des années 1610-1620. Cependant l'esprit en est tout différent notamment par les effets de matière du fond et la réelle spontanéité de la touche. Dans le corpus, très étroit, des nature mortes retenues comme entièrement de la main de Strozzi, Bertina Suida Maning avait reproduit un stupéfiant petit tableau de fleurs et de fruits (Lugano, collection particulière) qui présente des caractères stylistiques tout à fait comparables à la nôtre : rapidité de l'exécution, touche à la fois empâtée, transparente et évanescente sur les contours des formes, brio de la composition construite symétriquement de part et d'autre de la verticale du bouquet central, sans oublier le tond neutre, clair et lumineux. Cette dernière, présentée en 1995 lors de l'exposition monographique sur l'artiste, semble faire l'unanimité, elle est aussi, un repère fondamental pour comprendre le Strozzi peintre de natures mortes. L'attribution de notre nature morte à Bernardo Strozzi, proposée pour la première fois par Luigi Salerno, suivi par M. C. Galassi (1992) et D. Sanguineti (1995), a occasionné de nombreuses discutions sans compter l'oubli de Luisa Mortari qui ne mentionne pas notre tableau dans sa monographie sur Strozzi parue en 19956. Mina Gregori, lors de l'exposition napolitaine de 1964 sur la nature morte italienne, cite notre composition sous la notice concernant les deux tableaux du musée du Castello Sforzesco de Milan qu'elle propose d'attribuer au peintre de Lucca, Simone del Tintore (1630-1708). En effet, l'un des deux tableaux milanais porte un monogramme « ST » (les deux lettres sont entrelacées) qui avait, dans un premier temps, conduit Giovanni Testori à le reconnaître comme étant celui de Tommaso Salini (1575-1625). Ce monogramme, ensuite retrouvé sur d'autres natures mortes, de toute évidence stylistiquement bien postérieures à 1625, avait été identifié comme celui de Simone del Tintore. Une nouvelle fois, Mina Gregori, comme Testori avant elle, a considéré les trois compositions comme un tout du fait de leur provenance commune. Cependant, si nous regardons les dimensions et les caractères stylistiques il nous semble impossible que ces trois natures mortes reviennent à un seul et même peintre. Tout d'abord pour les dimensions, les deux tableaux du Castello Sforzesco sont de dimensions absolument identiques alors que le nôtre présente des dimensions inférieures de quelques centimètres en hauteur comme en largeur7. Mais plus important, le traitement pictural nous semble bien différent. De la matière toute en nuance, concentrée ou au contraire, diluée mise en œuvre sur notre tableau de Strozzi, nous passons avec les tableaux de Castello Sforzesco à un dessin ferme et précis des fruits et des feuilles qui va de paire avec le réalisme du panier en osier. Roberto Longhi, en 1950, avait publié deux natures mortes de collection particulière dont l'une des deux reprend toute la partie gauche et la partie centrale de la nôtre avec de légères variantes, mettant bien en évidence, au centre, le vase de cristal avec les fleurs d'hibiscus8. Longhi les replaçait dans le courant de la nature post-caravagesque romaine des années 1620-1630. La réapparition de notre grande composition a permis à Luigi Salerno de les regrouper sous l'attribution à Strozzi. Seule une étude comparative de visu avec notre tableau permettrait de voir si cette reprise partielle revient à Strozzi lui-même ou à l'atelier l'on connaît mieux, depuis la découverte capitale de l'inventaire après décès de l'artiste. Il est intéressant de noter une nouvelle fois combien les motifs qui composent le vocabulaire de la nature étaient répétés, par l'artiste lui-même, mais le plus souvent par son atelier et ainsi « migraient » d'un atelier à un autre, d'un centre à un autre. L'histoire de cette « migration » reste encore à écrire mais nous offrons ici trois exemples de natures mortes exécutées en l'Italie septentrionale durant le second quart du XVIIe siècle qui l'illustrent de manière magistrale. Notes : 1- Alfonso Assini, « Gli atti del processo del 1625 : un nuovo documento », Bernardo Strozzi, cat. exp. Gênes, Palazzo Ducale, 6 mai - 6 août 1995, p. 369 ; D. Sanguineti, Ibidem supra, 1995, p. 230, sous le No 66 ; William R. Rearick, « Bernardo Strozzi : un aggiornamento », Saggi e Memorie di Storia dell'Arte, 1996, 20, p. 258. 2- Luigi Salerno, 1984, voir Bibliographie ; Luigi Salerno, Natura morta italiana. Tre secoli di natura morta italiana. La raccolta Silvano Lodi, cat. exp. Munich, Bayerische Staatsgemâldesammlungen, Alte Pinakothek, 27 nov. 1984 - 22 fév. 1985. 3- Bertina Suida Manning, « Bernardo Strozzi as Painter of Still Life », The Burlington Magazine, Avril 1985, p. 248-252. 4- Lino Moretti, « L'eredita del Pittore : l'inventario dei quadri al tempo della sua morte », cat. exp. Bernardo Strozzi, Genova 1581/82 - Venezia 1644, Gênes, Pulazzo Ducale, 6 mai - 6 août 1995, p. 376-378. 5- Anna Orlando, « Le 'nature morte animate' del Seicento genovese », cat. exp. Fasto e Rigore. la Natura morta nell'Italia settentrionale dal XVI al XVIII secolo, Reggio di Colorno, 20 avril - 25 juin 2000, p. 24, note 27 ; Franco Paliaga, « Natura morta e collezionismo nel Veneto », Ibidem supra, 2000, p. 79-81. 6- Louisa Mortari, Bernardo Strozzi, Rome, 1995. Notre composition n'est pas mentionnée non plus dans l'article récent de William R. Rearick, « Bernardo Strozzi : un aggiornamento », Saggi e Memorie di Storia dell'Arte, 1996, 20, p. 258-261. 7- Laura Beltrame, Museo d'Arte Antica del Castello Sforzesco, Pinacoteca, t. 3, p. 290-291, Nos 683 et 684 (inv. 1325 et inv. 1326). Les deux tableaux mesurent cm. 72 x 133.
8- Roberto Longhi, « Un momento importante nella storia della 'natura morta' », Paragone, No 1, janvier 1950, p. 34-39, figs. 13-14.