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Luca Giordano

Naples, 1634-1705

Le Christ et la Samaritaine

Fresque sur chaux, fixée sur un support d’osier Sans le cadre : tondo 111cm Avec le cadre : tondo 143 cm c. 1685  

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Artwork Image

Fig. 1

PROVENANCE


Commandé par Andrea (1640-1715) et Lorenzo Del Rosso (1646-1719), Florence, palazzo Del Rosso (via Chiara ; c. 1685, réalisé pendant le séjour de l’artiste à la maison Del Rosso ; inv. 1689 : « Giordano, La Sammaritana al pozzo, tondo a buon fresco su la calce figura di un braccio bellissima, stimata piastre 120 »); par descendance, Florence (? Jusqu’au 19e/début 20ème siècle). Galleria Antiquaria de R. Bellini e B. Berti, Florence, avant 1972. Collection particulière, Florence ; 2017, antiquaire Daniele Trabalza, Foligno ; Londres, Canova Fine Arts Ltd (selon le catalogue d’exposition de 2023).
 

BIBLIOGRAPHIE


- Michelangelo Gualandi, Memorie originali italiane riguardanti le belle arti, 2 vol., Bologne, 1840-1845, II, p. 118, 120-121 (retranscrit aussi ici:https://www.memofonte.it/home/files/pdf/delrosso.pdf);
- Oreste Ferrari, Giuseppe Scavizzi, Luca Giordano, 3 vol., Naples, 1966, II, p. 330-331 ;
- Silvia Meloni Trkulja, « Luca Giordano a Firenze », in Paragone, 267, 1972, p. 34, 68, 66 note 1, fig. 35;
- Oreste Ferrari, Giuseppe Scavizzi, Luca Giordano. L’Opera completa, 2 vol., Naples, 1992, I, p. 102, 307, n° 333b ; 
- Francesca Baldassari, Massimo Francucci, Luca Castrichini, Luca Giordano. Due tondi « su la calce » per i Del Rosso, in cat. exp., Daniele Trabalza, Todi, 2017, en particulier p. 48-49, figs. 1-1bis ;
- Riccardo Lattuada, in Luca Giordano. Baroque Master in Florence, Riccardo Lattuada, Giuseppe Scavizzi, Valentina Zucchi (dir.), cat. exp. Florence, Museo di Palazzo Medici Riccardi, 30 Mars – 5 Septembre 2023, p. 94-95, n° 6.

EXPOSITIONS


Luca Giordano. Baroque Master in Florence, Riccardo Lattuada, Giuseppe Scavizzi, Valentina Zucchi (dir.), cat. exp. Florence, Museo di Palazzo Medici Riccardi, 30 Mars – 5 Septembre 2023.

DESCRIPTION


Le Christ et la Samaritaine, tout comme Le Christ parmi les docteurs (Minneapolis, Institute of Art ; inv. 2021.98), a appartenu à Andrea et Lorenzo Del Rosso,  les collectionneurs et protecteurs florentins de Luca Giordano. Cette œuvre a été réalisée pendant le second séjour du peintre napolitain dans la capitale toscane, alors qu’il était logé dans le palais des Del Rosso, entre 1685 et 1686. D’une série de quatre exécutée pour cette famille mécène, il s’agit des deux seules œuvres qui nous soient parvenues à ce jour; celles manquantes représentent « la Mad.a con Giesù in culla, san Gius.[epp]e e San Giov.[ann]i al natu.[ral]e  fatte du buon fresco » et « la Carità con tre puttini » (Quadreria di Andrea e Lorenzo del Rosso, inventaire de 1689). L’inventaire cite, outre quarante-sept œuvres de Luca Giordano, des tableaux de Filippo Napoletano, Pacecco De Rosa, Spagnoletto (Ribera), illustrant un goût bien présent pour la peinture napolitaine dans cette collection florentine du XVIIsiècle, caractéristique déjà relevée par Roberto Longhi1. L’artiste napolitain était bien introduit auprès du collectionnisme de la capital toscane, ayant tissé des liens avec celui-ci, à Naples déjà. Lors de ses deux séjours florentins, il travaillera, à fresque ou sur toile, pour les plus importantes familles : les Médicis, les marquis Neri et Bartolomeo Corsini, Francesco Riccardi (pour la vaste entreprise de la galerie et de la bibliothèque du palais Medici-Riccardi), Niccolò Martelli, les Samminiati, les Rinuccini, les Acciaioli ; tous ces noms attestent d’intenses échanges artistiques entre Naples et Florence, dans cette seconde moitié du XVIIsiècle2.
Notre tondo présente une technique très particulière -de la fresque appliquée sur de la chaux, elle-même fixée sur une armature en osier- qui démontre qu’il a été pensé dès l’origine par l’artiste comme une œuvre mobile, tout comme les trois autres tondi de cette série. Ainsi que le rappelle le biographe Baldinucci, c’est une technique qui est née à Florence, grâce au peintre toscan Giovanni da San Giovanni (1592-1636) dans ses célèbres scènes exécutées pour la villa médicéenne de la Petraia (aujourd’hui conservées au musée des Offices de Florence). Cette technique sera reprise par Baldassare Franceschini, dit Il Volterrano (1611-1689) pour un tondo représentant Le Sacrifice d’Isaac (Florence, collection particulière). Luca Giordano fait sienne cette particularité technique florentine, de même que pour le format du tondo, si fréquemment rencontré pendant la Renaissance en Toscane. Son pinceau, réputé pour être très rapide, a exécuté notre tondo en deux jours, puisque la fresque, comme son nom l’indique, est peinte sur un enduit frais et le travail doit être porté à son terme avant qu’il ne sèche et ne peut donc excéder une journée. 
Le sujet de la rencontre du Christ et la Samaritaine est relaté uniquement dans l’Évangile selon Jean (IV, 1-30). Le Christ, alors qu’il se reposait près d’un puit, demande à une Samaritaine qui était venue puiser de l’eau de lui donner à boire, au grand étonnement de cette femme à laquelle il n’était pas censé adresser la parole du fait de l’antagonisme que les juifs entretenaient avec ce peuple de Samarie. Le Christ, assis devant des colonnes antiques cassées qui évoquent l’Ancien Testament sur lequel prend appui le Nouveau Testament, se reconnait à son nimbe de rayons blancs et à ses amples drapés alors qu’il est en conversation avec la Samaritaine. Les attitudes dynamiques des deux personnages, leur dialogue, les teintes contrastées de leurs drapés, la grande fraîcheur de l’ensemble, typique de la fresque, rythment parfaitement le premier plan. L’on devine les reprises «a secco » (à sec) sur la fresque qui viennent souligner le dessin d’un drapé ou les éclats de lumière. Le fond de la scène s’ouvre en profondeur sur un paysage de campagne, extrêmement clair, où alternent un paysage lacustre, des arbres, un ciel parcouru de beaux nuages blanc et bleu.

Brillante personnalité qui restera, pour la postérité, ce « Luca fa presto », artiste prolifique et versatile, évoluant au gré de ses voyages d’études qui le porteront de Rome à Florence, puis à Venise, avant de revenir assez tard dans sa ville natale. En 1692, il se rendra en Espagne, appelé par le roi Charles II, pour un séjour triomphal, réalisant de grands décors à fresque à l’Escorial, à la Casa del Buen Retiro à Madrid ou encore à la cathédrale de Tolède ; un travail intense et gigantesque qui se déroulera sur dix années. Après la mort de Charles II, en 1702, Giordano rentre en Italie, où, jusqu’à la fin de sa vie, il développera une activité soutenue à Naples.


Notes :
1 - Roberto Longhi, « Un collezionista di pittura napoletana della Firenze del’600 », Paragone, 75, 1956, p. 61-64.
2 - Voir Oreste Ferrari, « I tempi di Firenze », dans Luca Giordano. L’Opera completa, Naples, 1992, I, p.77-103 ; Elena Fumagalli, « Napoli a Firenze nel Seicento », in “filosofico umore” e “maravigliosa speditezza”. Pittura napoletana del Seicento dalle collezioni medicee, Elena Fumagalli (dir.), cat. exp., Florence, Gallerie degli Uffizi, 19 juin 2007 – 6 janvier 2008, p. 75-119 ; Luca Giordano. Baroque Master in Florence, Riccardo Lattuada, Giuseppe Scavizzi, Valentina Zucchi (dir.), cat. exp. Florence, Museo di Palazzo Medici Riccardi, 30 Mars – 5 Septembre 2023.