Maître de la toile de jeans
(Actif en Lombardie dans la seconde moitié du XVIIe siècle)
L'Echoppe du BarbierHuile sur toile, 150,5 x 115 cm.
- PROVENANCE
- BIBLIOGRAPHIE
- EXPOSITIONS
- DESCRIPTION
PROVENANCE
New York, vente Christie’s, 23 janvier 2004, n° 6.
BIBLIOGRAPHIE
- Véronique Damian, Deux tableaux de la collection Sannesi. Tableaux des écoles émilienne et lombarde, Paris, Galerie Canesso, 2006, pp. 56-59;
- Gerlinde Gruber, “Il maestro della tela jeans: un nuovo pittore della realtà nell’Europa del Seicento”, Nuovi Studi, 200 7, 12, pp. 159 -170, pl. VIII and figs. 248 -249 (detail);
- Gerlinde Gruber, in Le Maître de la toile de jeans. Un nouveau peintre de la réalité dans l'Europe de la fin du XVIIe siècle, Paris, Galerie Canesso, 16 septembre – 6 novembre 2010, p. 50-51, n° 12 ; New York, Galerie Didier Aaron, 20 janvier – 2 février 2011 ;
- Marina Dell’Omo, in Giacomo Francesco Cipper detto il Todeschini. Cronaca e Commedia tra Austria e Italia nel Settecento, cat. exp., Trento, Castello del Buonconsiglio, 12 avril – 14 septembre 2025, n° V.7.
EXPOSITIONS
- Le Maître de la toile de jeans. Un nouveau peintre de la réalité dans l'Europe de la fin du XVIIe siècle, Paris, Galerie Canesso, 16 septembre – 6 novembre 2010; New York, Galerie Didier Aaron, 20 janvier – 2 février 2011.
- Giacomo Francesco Cipper detto il Todeschini. Cronaca e Commedia tra Austria e Italia nel Settecento, Trento, Castello del Buonconsiglio, 12 avril – 14 septembre 2025.
DESCRIPTION
Œuvre en rapport :
Une autre version de cette composition se trouve au musée Baroffio e del Santuario del Sacro Monte sopra Varese, à Varese. Elle y est cataloguée comme une école de Giacomo Francesco Cipper, dit le Todeschini, Le Barbier, huile sur toile, 146 × 116 cm (inv. 83). Laura Marazzi nous a signalé que le tableau provient, selon toute probabilité, de la collection du baron Giuseppe Baroffio Dall’Aglio (Brescia, 1859 – Azzate, Varese, 1929) qui, mort en 1929, donna tous ses biens au musée Baroffio e del Santuario del Sacro Monte sopra Varese. Cette collection est alors venue s’unir à la collection d’art du Santuario1.
La description de cette échoppe de barbier vient prendre place dans le mouvement de la peinture de la réalité en Lombardie qui connut des développements notoires notamment, sous l’impulsion de présences étrangères comme l’autrichien, Cipper, dit Todeschini (1664-1736) ou l’allemand Eberhart Keilhau, dit Monsù Bernardo (1624-1687). Notre tableau revient à un de ces artistes nordiques, actif sur le sol lombard, un flamand connu sous le nom de commodité de Maestro della tela jeans et fut présenté comme tel par Gerlinde Gruber lors d’un colloque organisé à Ljubljana, fin 2005, avant de le publier dans un article monographique paru en 20072. Ce maître, encore bien mystérieux, est apparu à une date récente avec une œuvre représentant une Mère mendiante et ses deux enfants (aujourd’hui à Rancate, Pinacoteca cantonale Giovanni Züst) à l’occasion de l’exposition sur la scène de genre qui s’est tenue à Brescia en 1998-19993. Dans cette dernière composition, la mère porte une jupe d’un tissu épais, couleur bleu roi, de cette « toile de Gênes » grossièrement tissée qui trouvera des prolongements dans le moderne « blue jeans ». Cette particularité donna son nom à ce maître, encore anonyme4. Dans l’une comme dans l’autre composition, il a choisi de présenter ses trois personnages sur une construction pyramidale, bien mise en évidence sur le fond brun sombre. La scène, d’une touchante et cruelle acuité du regard, montre une vieille femme occupée à couper la barbe d’un homme, lui aussi âgé. La main gauche posée, presque avec familiarité, sur sa tête pourrait laisser penser qu’il s’agit de sa femme plutôt qu’une inconnue faisant office de barbier. Elle a pour unique assistant un jeune garçon qui apporte un plat creusé sur l’un de ses bords. Un petit tabouret, sommairement recouvert d’un tissu blanc, sert d’appui à un peigne édenté et une paire de ciseaux ; à même le sol, se devine un chapeau masculin. Tous deux sont traités comme des éléments isolés. Les regards silencieux et les expressions graves, empruntes de résignation en disent autant sur l’indigente condition des modèles que les tissus en lambeaux et les vêtements troués sur lesquels insiste l’artiste. Le détail des binocles de la vieille femme enturbannée, aux mains boursoufflées, apporte des annotations véristes, en prise directe sur la réalité.
Gerlinde Gruber, qui situe notre tableau dans le dernier quart du XVIIe siècle, a regroupé autour de celui de la collection Züst deux autres compositions qui dénotent l’influence de Michael Sweerts (1618-1664), un peintre flamand qui évolua à Rome dans le milieu des Bamboccianti5. De Sweerts, notre artiste retient plutôt que la peinture fine de tradition flamande, l’emploi des couleurs assourdies juxtaposées en de subtils accords dans les bruns, les gris, le bleu froid de la chaussette du personnage masculin rappelant, celui franc, de la « tela jeans ».
Depuis notre publication et depuis celle, plus récente, de Gerlinde Gruber, nous avons eu connaissance d’une copie, conservée au musée Baroffio de Varese (Fig . 1). Inférieure de quelques centimètres dans la hauteur –sans doute a-t-elle été coupée- elle ne présente pas de variantes majeures si ce n’est pour le fond uni alors que le notre présente une petite niche avec une bouteille. Cette découverte est tout à fait passionnante car elle renseigne sur la manière de travailler de l’artiste qui n’hésitait pas à faire répéter sa composition, très certainement pour faire face aux demandes pressantes des collectionneurs. Un autre cas, mais cette fois toutes deux des compositions originales, publié par Gerlinde Gruber et représentant par deux fois Une mère cousant avec ses deux enfants (l’une se trouve dans une collection particulière et l’autre à Milan, collection de la Fondazione della Cassa di risparmio delle province lombarde) semble nous indique que l’artiste était coutumier du fait.
Notes :
1 – Nous remercions Gerlinde Gruber de nous avoir signalé cette autre version. Nos remerciements s’adressent aussi à Laura Marazzi, conservateur du musée Baroffio, pour nous avoir fourni la photographie et les renseignements sur cette oeuvre.
2 - Gerlinde Gruber, « Un altro pittore della Realtà », conférence au colloque Flemish and Dutch painters in Central Europe and northern Italy in the late 17th century. Almanach and the Painting of the Second Half of the 17th Century in Carniola, Ljubljana, 21 octobre 2005; cette conférence a été publiée, de manière plus détaillée, dans le recent numéro de Nuovi Studi, 2007 (voir ici bibliographie).
3 - Gerlinde Gruber, in Da Caravaggio a Ceruti. La scena di genere e l’immagine dei pitocchi nella pittura italiana, sous la direction de Francesco Porzio, cat. exp. Brescia, Museo di Santa Giulia, 28 novembre 1998 - 28 février 1999, p. 425, n° 90, pl. à p. 219.
4 - Francesco Frangi, « Dai pitocchi al “buon villan”. Metamorfosi della pittura di genere a Milano negli anni di Parini », dans L’amabil rito. Società e cultura nella Milano di Parini, actes du colloque Milan, 1999, sous la direction de G. Barbarisi, C. Capra, F. Degrada, F. Mazzacca, Bologne, 2000, II, p. 1145-1162.
5 - Gerlinde Gruber, « Maestro della tela jeans », dans Dipinti lombardi del Seicento. Collezione Koelliker, sous la direction de Francesco Frangi et Alessandro Morandotti, Turin, 2004, p. 156-161, figs. en noir et blanc : Mère cousant avec ses deux enfants (Milan, Fondazione Cassa di Risparmio delle Province Lombarde) et le Petit mendiant avec un morceau de pain (collection particulière).